S i l e n c e

Explorateurs de tous horizons, Même les plus verticaux Prenez à cœur la main et à bras le corps Pour braver sans dérive Les anticyclones à contre-courant. Remuez le ciel avec les rames Faites couler l’encre Et couvrez-vous de vent pour affronter l’ouragan Naviguez à l’azur pour pêcher le mistral Car, c’est quand la mer est d’huile Que le voyage tourne au vinaigre.


Oubliez la terre ferme, tournez l’équipage Poser un pied à terre serait pire qu’un naufrage, parole de capitaine ! Car là où nous allons, l’abysse est au-dessus L’on peut chavirer dans n’importe quelle direction Le mât plie, craque et cède, en fracas au fin fond d’une faille La voile hurle en se déchirant, l’eau se brise comme des os Le pont se tord comme des côtes Comme des cordes que l’on étrangle Les vagues sont devenues des montagnes Pour escalader l’océan, Mais ce qu’il y a au bout en vaut la peine.


L’étoc à l’étrave et l’éthique à la trêve, Nous voguons dans le creux venteux De la paume du zéphyr Avec pour unique constellation le soleil Et la chaleur d’un millier d’étoiles. Les matelots donnent aux mouettes des noms d’oiseaux Alors que l’amiral râle, la vigie git Le rameur meurt et le mousse mousse Voyez comment la mer, miroir brisé, Rie aux éclats de l’humour marin Qui fait autant mouche qu’un bateau sur la Seine.


Un vague souvenir du vent Dut Souvent venir en vague Pendant que vous contempliez l’immensité fugace d’un ciel loquace Voilé d’ivres nuages, saoulés par de l’eau salée Quant aux vagues qui se laissent aller, Ne sont qu’écho de clameurs, d’invisibles triomphes Depuis la rive des yeux, la berge des lèvres Portant jusqu’aux oreilles l’écume des mots L’instant. L’insaisissable. Puis, la seconde d’après Le dernier soubresaut d’une mélodie silencieuse A l’ombre du son, et de la lumière du bruit.


[Silence]

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