l'humanité va-t-elle disparaitre ?

Quoi de mieux pour embellir la journée, qu’un petit billet sur l’éventualité de la disparition de notre espèce dans les années à venir ? Pour être honnête, il ne s’agit ici pour moi que d’un exercice de pensée qui questionne le développement humain à l’instant où j’écris ces lignes, il ne s’agit à aucun moment de tirer des conclusions définitives. D’ailleurs je ne donne pas de réponse, mais seulement une réflexion sur le constat que nous approchons d’une limite, une frontière vers une zone d’ombre qui représente encore une situation inédite pour nous autres humains.


Alors entrons dans le vif du sujet. Pour moi, le raisonnement ne se calque pas bêtement sur un constat alarmiste de destruction de ressources ou d’armement nucléaire, je me base plutôt sur une démarche ‘‘philosophique’’, et pour comprendre cela, il faut voir l’homme selon un prisme conceptuel :

Quoi qu’on en pense, l’homme est une espèce très singulière dans le règne animal : son existence n’est plus définie tant par les règles de la nature, mais principalement par les règles d’une nouvelle nature qu’il s’est lui-même créée. Selon cette idée, ce qui caractérise l’humain de toute autre espèce vivante, c’est sa capacité à se concevoir en tant qu’espèce et surtout à prendre conscience du temps presque comme une ressource matérielle. C’est-à-dire que l’humain comprend son existence dans une époque qu’il peut situer, et peut se projeter dans l’avenir, tout en concevant des traces factuelles et philosophiques de son passé. Cette compréhension du temps est, à mon sens, un facteur déterminant de l’hégémonie de notre espèce, dans la mesure où le futur constitue toujours un idéal, et où le passé représente une insuffisance. Le développement de l’homme se joue sur le schéma de dépasser ce qui semblait impossible ou d’améliorer sa maîtrise sur ce qu’il contrôle déjà. Bref, tout ceci pour expliquer une chose bien simple, c’est que l’humanité s’inscrit dans une optique de progression perpétuelle (d’autres espèces utilisent des outils et s’en satisfont, alors que l’homme cherche à améliorer ses outils, notre singularité ne réside pas uniquement dans l’outillage, mais son développement).


À ce stade, tout ce que je vais dire par la suite souffrira certainement de lacunes de ma part dans les domaines de l’histoire et de la biologie ce qui rend cet exercice avant tout intellectuel.


On entend parfois dire que l’homme n’a rien d’une ‘‘espèce dominante’’, nous sommes totalement dépendants des autres et de nos outils, et nos chances de survie dans un environnement parfaitement sauvage sont très faibles. Bon, c’est ce qui amène à penser que justement, cette vulnérabilité est ce qui nous a permis d’évoluer. Parmi toutes les espèces trop fragiles pour survivre, nous avons su nous adapter par une stratégie intellectuelle et par un développement de l’outillage plus complexe que d’autres animaux. C’est quand même la base de la réflexion que de se dire que si on était totalement capables de se débrouiller dans un milieu sauvage, jamais les humains n’auraient eu besoin de développer de civilisation.

En gros, nos faiblesses seraient la base de toute notre société, et si elle n’a pas interrompu son accroissement à une époque en particulier, c’est parce que nous éprouvons un besoin de dépassement constant, nous développons la technologie dans le seul but de développer la technologie, et pas pour répondre à des besoins précis, sinon nous aurions arrêté notre développement une fois ces besoins satisfaits.

Bien, maintenant que tout le postulat est en place, voici le nœud du problème : sans aller jusqu’au scénario catastrophe où l’humanité s’anéantirait d’elle-même, il y a l’hypothèse, déjà plus probable, que nos capacités de production et de développement s’amoindrissent avec le temps. Comprenons qu’avec les connaissances et les moyens actuels, nous ne sommes pas en mesure de satisfaire les besoins d’une humanité aussi dense sur le long terme. Prenons un exemple simple : dans 200 ans, il est fort probable que nous ayons épuisé l’ensemble de nos ressources fossiles, ce qui constitue la source d’énergie la plus efficace, dans ce cas, en nous rabattant sur des énergies renouvelables, et l’hypothèse qu‘il y aura plus d’individus sur terre et que leurs besoins auront augmenté, nous serons dans l’obligation de baisser le niveau de vie moyen des habitants (encore une fois, tout ceci se base sur l’état actuel de la société, il n’y a pas encore eu de découverte scientifique qui pourrait substituer l’utilisation de pétrole ou de matériaux radioactifs de façon durable). En gros, dans 200 ans, l’humanité serait potentiellement moins avancée qu’elle ne l’est aujourd’hui, on ne serait plus en capacité d’envoyer des engins dans l’espace ou de maintenir des systèmes aussi efficaces qu’internet ou que notre réseau de transport. Tout ceci est synonyme de régression. Je ne sais pas si dans notre histoire, un tel phénomène se soit déjà produit à grande échelle, mais il s’agirait là d’une situation toute nouvelle pour nous, et y survivrait-on ?


Je remets un coup sur la possibilité qu’il y ait un jour des alternatives, pour que l’on puisse maintenir le monde tel qu’il existe actuellement, mais sans consommer de ressources limitées. Il y a déjà des découvertes très prometteuses qui vont dans ce sens, mais gardons à l’esprit que ces alternatives, nous les découvrons en vivant dans cette époque où tout est à disposition et que peut-être, nous ne pourrons plus trouver les solutions une fois qu’il sera trop tard par manque de ressources nécessaires à la recherche.

Dans tous les cas, ça signifierait que des gens vivraient dans un monde où ils sauraient que leurs ancêtres avaient beaucoup plus de moyens techniques qu’eux (gardons dans un coin de la tête qu’une diminution des moyens techniques entrainerait potentiellement une régression sociale, sanitaire, culturelle, etc.). Et donc, l’idéal humain ne se trouverait pas dans son futur, comme ça a toujours été le cas, mais dans son passé, c’est-à-dire que pour se développer, les hommes devraient viser un modèle révolu inscrit dans une époque qui n’aura aucun rapport avec la société telle qu’elle le sera. Alors oui, il y a toujours eu un penchant pour la tradition et une vision assez passéiste chez bien des peuples, mais cela n’a jamais empêché de toujours tendre vers une amélioration des techniques, et surtout de marquer une rupture entre tradition et progrès. Ici, on se retrouverait dans un cas où ces deux aspects se confondraient, et où l’innovation ne relèverait pas de la découverte, mais de la redécouverte, le modèle d’une société supérieure ayant déjà existée effacerait toutes les possibilités alternatives de développement.


Qu’arriverait-il à l’humanité si elle se trouvait dans cette situation ? Si son futur fusionnait avec son passé. Si la faiblesse évolutive de l’humain se répercutait également dans sa nouvelle nature, qu’il en perdait le contrôle. Notre espèce, privée de possibilité de s’augmenter n’aurait plus de raison d’exister, elle aurait atteint sa limite et deviendrait désuète. J’exagère sans doute, mais pour moi on se retrouve dans le postulat du monde post-apocalyptique, sans intervention d’une apocalypse, on se retrouverait dans le cas d’une civilisation vivant dans l’ombre d’elle-même, avec pour modèle une société presciente inégalable. Ce qu’il est intéressant de constater, c’est que dans le répertoire des œuvres post-apocalyptiques, toutes sont centrées sur l’aspect de la survie, et voient la reconstruction, l’apocatastase, comme une impossibilité, où au mieux une zone d’ombre, car personne n’est capable de se projeter dans le paradigme d’un monde dont la reconstruction mènerait à un état inférieur à la situation précédente, donc vers un ouvrage innachevé.

La question viendrait à se poser pour l’humanité du sens de son existence dans la mesure où elle saurait qu’elle est en incapacité d’égaler un modèle passé.


Pour conclure ce raisonnement, je vais faire écho à matrix, qui trouve une formule très parlante. Vers la fin du film, un des agents explique à Morpheus que l’humanité se comporte comme un virus pour la terre : elle se développe, consomme toutes ses ressources vitales et dégrade son fonctionnement naturel, et d’un certain point de vue, c’est tout à fait vrai. Si l’on regarde la terre, l’anthropocène s’apparente à une période de maladie, on salit les eaux et l’air, on transforme les terres, on régule les organismes vivants, etc. Toujours dans le but de nous développer nous-mêmes, pas celui de nuire pour nuire. Nous alimentons notre force vitale avec celle de la terre. Et bien qu’est-ce qui fait qu’un virus disparait ? C’est lui-même. Un virus mute, il s’améliore, devient plus résistant, et puis un jour, c’est la mutation de trop, on l’a vu avec les grandes épidémies, elles se sont toujours résorbées d’elles-mêmes. Peut-être que notre existence est vouée à suivre le même cheminement : une somme de progrès, jusqu’à ce qu’un de ces progrès nous consomme, et nous disparaitrons dans l’indifférence, sans cataclysme, juste par l’usure du temps. C’est en tout cas le scénario qui me parait le plus plausible, et finalement le plus enviable, en tout cas beaucoup plus que celui d’une guerre nucléaire. Quoi qu’il en soit, considérez tout ceci comme un exercice de pensée, une réflexion née d’une observation, et que cette conclusion est sans doute très éloignée de la réalité, mais c’est quand même une question à se poser, afin de l’anticiper et de l’éviter. Pour le moment nous pouvons nous préparer à des catastrophes et sommes en mesure de les produire, mais viendra un moment où on aura juste des pots cassés sur les bras, et plus de ressources pour les assumer. Pour rester dans l'aphorisme un peu bateau, on peut dire que consommer la terre d'aujourd'hui, c'est consummer l'humanité de demain. À l’heure où la fin de l’humanité prend souvent la forme d’une apocalypse tonitruante dans l’imaginaire collectif, il faut se méfier avant tout du mal tapi dans l’ombre, celui qui est fourbe et que l’on ne voit pas venir, c’est celui-là qui est le plus à même de nous détruire.

Voilà, bonne journée !!

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