Pensées numériques est un livre dont la création s'inscrit dans un cycle de travail sur le thème de la mémoire et des technologies dont Mémoire Vive et Les Souvenirs font partie.

Actuellement le livre est terminé, mais n'est pas disponible à la lecture, car je suis toujours en recherche d'éditeur.

Désert. Urbain.

Des piles d’immeubles vides entre lesquelles circulent le fleuve ciel, des routes transformées en bandeaux de trottoirs, et à quelques intersections, des feux qui ne brûlent plus. Ça ressemble à un cadavre de civilisation, aux ossements citadins de tours qui voulaient toucher le ciel du doigt.

« Ne vous arrêtez jamais d’exister ».

Au recommencement furent les hommes, qui engendrèrent la machine. Ils augmentèrent la réalité qui se montrait insuffisante, et le monde devint trop petit pour loger l’infini alors accessible.

 

Un matin, il n’y eut plus de jour, pas plus que de nuit. C’était le temps tout entier qui s’était dérobé, le soleil ne passait qu’occasionnellement pour arroser les fleurs. Le temps était en fait trop lent pour les hommes qui ne se contentaient plus de vivre seulement une vie dans une vie.

 

Ils avaient leur espace, et désormais leur temps : le temps moderne. Plus vif, cumulable, multipliable, échangeable, ne répondant plus aux lois de la nature, mais celle des machines. Les édifices, les flux, les ordinateurs, les véhicules suivaient ce temps conçu pour eux, mais la biologie humaine, elle, était restée à la traine.

 

Il fallait l’union de deux êtres, une gestation, une enfance et une adolescence pour engendrer un individu à peu près fini qui ne vivrait que quelques décennies, coincé dans l’ancienne échelle de temps. L’humain numérique, lui, pouvait naitre adulte, répondre à des milliers de tâches par minute et vivre jusqu’à ce que mort s’ensuive, c’est-à-dire un peu moins que l’infini. L’idéal, presque divin était possible. Tout le problème des machines était en définitive de trouver une utilité à l’homme.

À cet endroit où l’on remplissait les sacs, je revenais pour vider le mien, à travers des textes qui finissaient par enflammer le papier de ma rage. La musique distordue par les galeries laissait toujours quelques tâches sur la feuille, une signature qui est devenue mienne.

 

Molécule de monde

Prisonnière dans une cellule

Qui fond dans la glace

 

Ambre

On n’est pas ivres, c’est pire que ça, on est amies.

Après l’ère de l’information, puis celle de la communication, vint à l’aube du vingt-deuxième siècle la suite logique : le temps de l’être en continu.