Résumé :

Dans ce futur imaginaire, l'existence en continnu est devenue, plus qu'une réalité, une norme.

L'on ne meurt plus désormais, on renait à l'infini dans des strates d'existences numériques. On ne fait plus son deuil, on reboot nos défunts.

Les corps s'effacent et les personnalités s'interfacent, amenuisant la frontière entre l'humain et sa réplique. C'est dans cet univers dépeuplé, où la réalité semble moins crédible que l'illusion, qu'une personne va découvrir une intelligence artificielle aux capacités différentes des autres...

Une histoire sensorielle, proche de l'humain, au cœur d'un exil introspectif. Chaque chapitre se teinte de sa couleur, son émotion, dans cette quête d'une identité piégée entre une mémoire vive et les abîmes de l'âme.

Extraits :

"À la fenêtre, les immeubles clignotent, le ciel est sans étoiles. En bas c’est toujours la même rue, jamais les mêmes passants, des silhouettes noires qui disparaissent entre deux réverbères. Dans l’appartement d’en face, des nuances de bleu s’agitent sur les murs. Au-dessus, une cigarette se consume dans le vide. En dessous des flashs scintillent au rythme d’une musique de fête. Autour, il n’y a que des fenêtres éteintes."

"Quand la rafale déferlera d’en haut, ça sera tout le passé qui remontera des fonds, dans un spectacle incroyable et hors de tout contrôle. Une volute de souvenirs hurlants dans un langage au-delà de la mémoire et des mots."

"Le mur ne sépare plus, mais rassemble, il est infini, indéfaisable, un ciel dépourvu d’horizon. Alors on s’entoure de murs pour être ensemble. Plus jamais seul, non. Plus d’attente, de distance, l’univers se réduit, tout est à portée de doigt, mais c’est encore trop loin, encore trop lent.

À défaut de monde sans machine, voilà une machine sans monde, où tout est accessible. Passé de présent à omniprésent, je vois le monde comme je le veux, rempli de filtres et de miroirs. Il n’y a plus de nous, unité plurielle, mais un ensemble de je, océan divisé en gouttes, mer sans vie. La réalité est devenue désir. Restons ensemble jusque dans la solitude, immobiles dans un espace infini, rapprochons-nous, encore, que nous devienne je."

Extrait :

"C’est lors de l’hiver doublé de la nuit, que se couvaient mes plus extraordinaires soirées. Un souvenir indéfinissable, altéré par des mots ineffables, modèlent un passé dans lequel j’étais tombée amoureuse de mains. Par le truchement du hasard, j’avais perçu la nuit se transfigurer, et me suis sentie attirée par une mélopée alchimique. C’était le chant d’une sirène sylvaine qui se découpait dans la forme du son. Un baril de feu réchauffait les visages de la pleine ombre, et seule la voix d’un violoncelle traversait l’obscurité. Le corps de la dame qui en jouait semblait creusé directement dans son instrument, les reflets orangés du brasero donnaient à sa peau une couleur de bois, alors elle paraissait jouer d’elle-même. Sa chevelure se terminait en archet faisant vibrer des cordes sensibles reliées à nos cœurs, nous faisant ressentir les larmes de la musique couler sur le manche parcouru des doigts de la lune, habillés par la rousseur d’une éclipse. La poussière abandonnée par le crin chargeait l’air nocturne de sonates, jusqu’à faire naitre quelque étoiles filantes sur nos joues. Les notes alimentaient le feu dansant un boléro de lumière, d’où jaillissaient des écharpes de partitions, qu’aucun froid ne pouvait troubler. Cette musicienne avait compris le langage, elle ne prononça jamais aucun mot, ne cherchait nullement un public, mais avait trouvé un groupe d’amoureux prêts à l’écouter parler jusqu’à l’aurore, oubliant jusqu’au gel. À mesure que le feu mourait, on se fondait en bloc dans la lutherie, devenant ritournelle, avant de disparaitre dans l’ombre transportée par le ciel, et de s’effacer lentement dans l’entrelacement de nos rêves.

Les vendredis et samedis, se tenaient des concerts insensés, magnifiques et tonnants, le parterre coloré de l’asphalte devenait noir de monde. Les enceintes accouchaient de nourris sons, de vives voix et de lourdes basses, des si belles, qu’elles transformaient les zones industrielles en lieu d’arts et d’échos. Les pas faisaient vibrer le sol, un tremblement de terre, et sans le savoir, j’assistais à une révolution."